Lisbonne
Sept collines, des tascas de quartier, et la mer jamais loin. On mange où mangent les Lisboètes, et on file à l'océan l'après-midi.
L'arrivée dans la capitale Quatre heures de train depuis le Douro et on débarque à Lisbonne : sept collines, des tramways jaunes qui grincent dans les virages, des façades d'azulejos et le Tage large comme une mer. C'est la grande ville du voyage — mais on n'y vient pas pour les monuments. On y vient pour les tascas de quartier, les fruits de mer d'une cervejaria, et la mer qu'on rejoint en train de banlieue l'après-midi. Sept nuits pour rayonner sans se presser.
Le rythme de Lisbonne On dort à Mouraria ou Alfama, les vieux quartiers en pente, jamais dans le Baixa à touristes. Le matin, un pastel de nata et un café court ; à pied dans les ruelles, le tram 28 qu'on laisse passer bondé. L'après-midi, soit un miradouro, soit le train vers la mer. Et le soir, les tascas. La journée se découpe simple : la table, la colline, l'eau — et le fado qu'on croise sans le chercher.
Sept nuits à Lisbonne, c'est avoir une base d'où on rayonne — les tascas le soir, la mer l'après-midi — sans jamais courir. On mange où mangent les Lisboètes, et on laisse le Baixa aux cohortes.

Les fruits de mer au poids, et un prego pour finir
Ramiro, c'est l'institution des fruits de mer de Lisbonne — une cervejaria bruyante et lumineuse où l'on commande au poids ce qui est arrivé du jour. Les carabineiros, ces grosses crevettes écarlates qu'on suce jusqu'à la tête, les palourdes à bulhão pato noyées d'ail et de coriandre, les percebes, les navalheiras. Pas de chichi, des nappes en papier, et une foule de Lisboètes autant que de voyageurs avertis. Anthony Bourdain y est passé ; ça n'a rien gâché, mais ça reste vrai.
On commande progressivement, au fil de la faim : un plat de palourdes pour commencer, puis les gambas, puis ce que le serveur recommande d'aujourd'hui. Et la tradition, c'est de finir par un prego no pão — un petit sandwich au steak à l'ail — pour saucer la bière. Réserver ou venir tôt (fermé le lundi), parce que la file est réelle. C'est gras de beurre d'ail, c'est joyeux, c'est exactement pourquoi on traverse l'océan.
On suce la tête des carabineiros, on sauce l'ail avec le pain, on commande encore une bière : chez Ramiro, manger des fruits de mer redevient un sport de contact.

Le bacalhau et la grillade de quartier
Le vrai repas lisboète se prend dans une tasca : une salle minuscule, une dizaine de tables, un patron qui crie la commande en cuisine. Zé da Mouraria sert le bacalhau à minhota — la morue avec ses oignons et ses pommes de terre — dans une de ces salles sans prétention de Mouraria. Zé dos Cornos, deux rues plus loin, grille les travers de porc sur charbon, nappe en papier, vin de la maison au pichet. C'est la cuisine de tous les jours, celle qu'on ne trouve pas dans les guides en six langues.
Le bacalhau sous une de ses mille formes, ou les grillades sur charbon, avec le vinho da casa en pichet (3-4 € (~CAD 5–6) le demi-litre, souvent excellent). Midi, c'est plein d'ouvriers et de bureaux du coin — c'est bon signe. On y va sans réserver mais tôt, et on accepte de partager une table. La règle d'or de Lisbonne tient en une phrase : plus le menu est traduit, moins c'est bon.
Une tasca pleine d'habitués qui parlent fort, une morue qui sort de la cuisine, un pichet de rouge : c'est là que Lisbonne se mange vraiment.

La bifana avalée debout
La bifana, c'est le casse-croûte national : du filet de porc mariné à l'ail et au paprika, mijoté dans son jus, glissé dans un petit pain qui boit la sauce. Rien d'autre — pas de fromage, pas de salade. As Bifanas do Afonso, un comptoir minuscule du centre, en fait une des meilleures de la ville : on la mange debout, en deux minutes, avec une moutarde ou un piri piri, et on repart. C'est le lunch lisboète dans sa forme la plus pure et la moins chère.
Une bifana, debout au comptoir, avec un trait de moutarde et une bière ou un jus d'orange frais. Deux ou trois euros (~CAD 3–5), et c'est tout. C'est le genre de bouchée qu'on enchaîne entre deux miradouros, sans s'asseoir, sans réfléchir. Le contraire exact d'un repas — et parfois exactement ce qu'on veut.
Deux euros, deux minutes, debout : la bifana, c'est la preuve qu'un grand moment de bouffe n'a pas besoin de table.

Le pastel de nata, tiède et saupoudré
Le pastel de nata est né juste à côté, au monastère des Hiéronymites de Belém, où les moines utilisaient le blanc d'œuf pour amidonner leurs habits et le jaune pour faire des pâtisseries. La recette de Belém est secrète depuis 1837 ; partout ailleurs on l'appelle pastel de nata, et les Lisboètes débattent sans fin de la meilleure adresse. Pâte feuilletée croustillante, crème vanillée tremblante, surface caramélisée au four très chaud, cannelle et sucre glace par-dessus.
Tiède, c'est la règle — jamais froid. Aux Pastéis de Belém pour l'original et la file (ça vaut le coup une fois), ou à la Manteigaria du centre, où on les voit sortir du four toute la journée. Un café court (bica) avec, debout au comptoir, et un nuage de cannelle. C'est le petit-déjeuner, le goûter, et la consolation de fin de soirée — souvent les trois.
Un pastel de nata tiède sous un nuage de cannelle, debout au comptoir avec une bica : le geste lisboète parfait, à répéter trois fois par jour.

La mer à un train de banlieue
Lisbonne est posée sur l'eau, et la mer est à portée de billet de train. La ligne littorale file depuis Cais do Sodré jusqu'à Cascais en quarante minutes, longeant l'estuaire puis l'océan — plages de l'Estoril, baie de Cascais, et la côte sauvage plus loin vers Guincho. De l'autre côté du Tage, Sesimbra offre une baie plus chaude et abritée avec son poisson grillé sur le port, et Setúbal son choco frito et le traversier vers les plages de Tróia.
Cascais en train pour une journée plage + déjeuner de poisson (l'eau est fraîche, ~17°C — on trempe plus qu'on ne nage). Mieux pour se baigner : Sesimbra, baie protégée et plus chaude, ou un saut à Setúbal pour le choco frito (la seiche frite locale) avant le traversier de Tróia. Le truc, c'est qu'on n'a pas à choisir entre la ville et la mer — on a les deux dans la même journée.
Manger des fruits de mer le midi au bord de l'Atlantique et être de retour dans une tasca de Mouraria le soir : voilà le luxe discret de Lisbonne.
Ce que la caméra a pas eu le temps de filmer
Le carnet de bouche Avant de filer vers Comporta : une ginjinha avalée debout dans un comptoir grand comme un placard, et tout ce que sept nuits n'ont pas suffi à couvrir — la Feira da Ladra, le marché aux puces du mardi et samedi ; le jardin du Príncipe Real sous son ficus bicentenaire ; Cantinho do Aziz et son curry de crabe mozambicain dans Mouraria ; Sintra pour les queijadas et les travesseiros (et les palais en décor). Le carnet a les tascas, les miradouros, les liens et le budget complet.
Sept nuits à monter et descendre les collines, entre les fruits de mer de Ramiro, les tascas de Mouraria, les pastéis tièdes et la mer à un train de banlieue. Les 8 lieux de Lisbonne — tascas, miradouros, plages — vivent dans le carnet, avec leurs liens, leurs prix et le budget complet du voyage. L'épisode, c'est l'apéro ; le carnet, c'est l'outil. Prochaine base : Comporta, les plages sauvages que les Lisboètes se gardent, à une heure de route vers le sud.
← Retour au survol du voyageCrédits photo
- Bacalhau assado com batatas a murro — morue rôtie avec pommes de terre écrasées à la portugaise, plat de tasca traditionnel de Lisbonne. —
- Bifana — sandwich au porc mariné à la portugaise dans un papo-seco, photographié chez As Bifanas do Afonso à Lisbonne, l'adresse de référence pour ce classique du comptoir lisbonnais. —
- Pastéis de nata — tartelettes à la crème portugaises sur assiette avec leur coque feuilletée dorée et leur crème aux œufs légèrement caramélisée en surface. —
Magdalena Raczka · Unsplash
- Plage de Cascais près de Lisbonne avec baigneurs — baie atlantique ensoleillée de cette station balnéaire de la côte estuarienne portugaise. —
Shobhit Sharma · Unsplash
- Tramway jaune et blanc de Lisbonne navigant dans une ruelle étroite bordée de vieux bâtiments — le tram iconique de Lisbonne dans le quartier historique de la ville. —
Theodor Vasile · Unsplash
- Une marmite de palourdes à bulhão pato (à l'ail, à la coriandre et au citron), plat signature des cervejarias de fruits de mer de Lisbonne. —
- Vue aérienne sur les toits de tuiles orange d'Alfama à Lisbonne avec le Tage en arrière-plan — maisons colorées serrées sur les collines historiques de la capitale portugaise. —
Tom Byrom · Unsplash
Tascas de Mouraria · Fruits de mer · L'eau à un train de banlieue
Étape ordi, une seule fois : télécharge le fichier sur ton ordinateur, importe-le dans mymaps.google.com (Créer une carte → Importer). La carte apparaît ensuite dans l’app Google Maps de ton téléphone — Enregistrés → Cartes — offline inclus. Le fichier ne s’ouvre pas directement sur iPhone (Google n’a plus d’app My Maps). Sur le terrain, les pills « Maps » de chaque lieu font la job en un tap.
Où dormir
- Solar dos Mouros ~120–180 €/nuit (~CAD 195–290)
Onze chambres toutes différentes meublées par des artistes contemporains portugais, parquet, couleurs vives, vue sur le Tage et le Castelo de presque toutes les fenêtres — une maison de caractère sur les hauteurs d'Alfama sans lobby corporate (~CAD 195–290/nuit).
À table
- Cervejaria Ramiro ~50–90 €/pers (~CAD 80–145)
Depuis les années 1950, deux étages bruyants, lumières au néon, serveurs en tablier blanc — le rite d'arrivée à Lisbonne : percebes iodés d'abord, puis un prego pour finir (règle de la maison, pas de discussion) ; réserver ou arriver à 12h pile (~CAD 80–145/pers).
le récit
Bruit de fond, tabliers blancs. Les percebes arrivent d'abord — caoutchouteux, iodés, comme avaler une gorgée de vague. La maison a une règle : on finit avec un prego, le petit sandwich au steak qui tient lieu de dessert. Logique portugaise, et on ne discute pas.
Sources : Mark Wiens — Migrationology
- Zé da Mouraria ~8–14 €/plat (~CAD 13–23)
Tasquinha de Mouraria — bacalhau à minhota, portions généreuses, tableau noir au mur, clientèle de quartier, pas de menu en anglais en vitrine (~CAD 13–23/plat).
le récit
À Mouraria, des portions qui ne s'excusent de rien. Le bacalhau arrive — et pour deux, on commande pour un. On repart avec l'impression d'avoir mangé comme un habitué du quartier.
Sources : Julie Kruijs — The Lisbon Connection · Daniela Sunde-Brown — Ola Daniela
- Zé dos Cornos ~8–15 €/plat (~CAD 13–24)
Carrelage aux murs, nappes en papier, foot à la télé — travers de porc (piano) grillés sur charbon de bois, viandes et poissons sans concession esthétique, le signe local de Mouraria par excellence (~CAD 13–24/plat).
le récit
Beco dos Surradores, une ruelle en pente qui descend vers Mouraria : carrelage aux murs, nappes en papier, foot à la télé et les côtes de porc — le piano — qui crépitent sur le charbon de bois. João Ferreira a repris la maison de famille en 2013 avec un seul mandat : ne rien changer. On vient ici le midi en semaine ou le vendredi soir pour manger des travers de porc grillés qui ne cherchent pas à être photographiés. C'est le genre d'endroit où la file dehors est un signe de santé, pas d'hype.
Sources : Daniela Sunde-Brown — Ola Daniela · Tiago Pais — Culinary Backstreets
- As Bifanas do Afonso ~2,50–4 €/sandwich (~CAD 4–6)
M. Afonso et son pan de porc en mijotage permanent — debout au comptoir, filet de porc ail-paprika dans un papo-seco légèrement beurré, on s'essuie le menton avec du papier, ça coûte trois euros (~CAD 4–6) ; ouvert tôt, fermé quand il n'y en a plus.
le récit
Rua da Madalena 146, un comptoir où cinq personnes se serrent déjà à l'étroit. Le porc mijote toute la journée dans l'ail, le paprika et la banha — gras juste assez, fondu juste assez — avant de glisser dans un papo-seco chaud. On mange debout, dehors sur le trottoir ou sur un banc voisin, on s'essuie les mains sur du papier. Trois euros cinquante (~CAD 6). Ça ferme quand il n'y en a plus.
Sources : Valter Leandro — Lisboa Secreta
- O Velho Eurico ~8–14 €/plat (~CAD 13–23)
Minuscule, ardoises à la main, réservation des mois à l'avance ou arriver à l'ouverture — cuisine de mères et grand-mères lisboètes (caldo verde, bacalhau, rôti de porc), la table de quartier qu'Alfama défend sans en faire la pub (~CAD 13–23/plat).
le récit
Largo de São Cristóvão, quelques tables, pas de logo en vitrine, musique rock portugaise à l'intérieur. L'ardoise change chaque jour selon ce qui est beau au marché — croquettes d'agneau, chambão sandwich, empanada de leitão. On réserve des semaines à l'avance ou on arrive à l'ouverture en espérant. C'est la cuisine de quartier qu'Alfama défend sans avoir besoin de la vanter.
Sources : Rita Geraldes — The Infatuation · Daniela Sunde-Brown — Ola Daniela
L'eau & les escapades
- Cascais — day trip côtier Gratuit (plage)
La ligne de train depuis Cais do Sodré longe déjà l'Atlantique par la fenêtre (~40 min, billet ~2,25 €, ~CAD 4) — à Cascais : déjeuner de fruits de mer en bord de mer, promenade côtière, eau froide en mai (journée de table, pas de baignade).
le récit
Le train depuis Cais do Sodré longe l'Atlantique dès les premiers kilomètres — une quarantaine de minutes de côte par la fenêtre comme mise en bouche. À Cascais, on déjeune de fruits de mer face à l'eau, on marche jusqu'à Boca do Inferno, et on rentre quand on veut. En mai, l'eau est froide : c'est une journée de mer et de table, pas une journée de baignade.
Sources : Devour Tours editorial · Chasing Whereabouts editorial
Les points de vue
- Miradouro da Senhora do Monte Gratuit
Le plus haut miradouro de Lisbonne — vue panoramique sur le Castelo São Jorge, les toits rouges d'Alfama et le Tage, lumière dorée de 19h30 à 21h en mai-juin.
le récit
Le miradouro le plus haut de Lisbonne — on y grimpe à pied depuis l'arrêt du 28, et d'un coup la ville s'étire sur 250° : le Castelo São Jorge, les toits d'Alfama, le Tage en fond. Une chapelle, exposition plein ouest. On arrive avant le coucher du soleil et on laisse la lumière descendre sur tout ça.
Sources : Visit Lisboa — official city tourism
Pendant la sieste
Le miradouro da Senhora do Monte, le plus haut et le moins couru, pour la vue sur les sept collines à l'heure dorée. La Feira da Ladra, le marché aux puces du mardi et samedi à Campo de Santa Clara. Le jardin du Príncipe Real sous son ficus bicentenaire. Et une ginjinha (liqueur de griotte) debout dans un comptoir minuscule, comme les Lisboètes.
Le carnet de bouche
- Bacalhau à Brás
Morue effilochée, mélangée à des pommes de terre paille croustillantes, des œufs brouillés, des olives noires et du persil. Pas de sauce — la liaison vient des œufs. C'est un plat de taverne, présent sur presque toutes les ardoises du pays : simple, cohérent, indémodable (~CAD 16–22 le plat).
le récit
Né dans le Bairro Alto à la fin du XIXe, c'est l'honnêteté même : morue dessalée effilochée, œufs brouillés, pommes de terre paille qui craquent sous la dent. Un plat devenu institution nationale, qu'on retrouve sur presque toutes les ardoises du pays.
Sources : Wikipedia — Bacalhau à Brás
- Bifana au comptoir
Porc mariné à la banha — le saindoux que les restos touristiques préfèrent oublier — glissé dans un papo-seco avec un filet de sauce. On mange debout, contre le comptoir. Pas de nappe, pas de menu. Le repas le plus honnête de Lisbonne (~CAD 4–7 la bifana).
le récit
Le porc mariné à la banha — le saindoux que les restos touristiques préfèrent oublier — glisse dans un papo-seco, avec un filet de sauce. On mange debout, contre le comptoir. Pas de nappe, pas de menu. Juste un repas honnête.
Sources : Valter Leandro — Lisboa Secreta
- Choco frito de Setúbal
Seiche de l'estuaire du Sado, farinée légèrement et frite — chair épaisse, presque tendre, croûte fine qui ne masque rien. Spécialité de Setúbal, à 50 km de Lisbonne (30 min en train). Une sortie en day trip qui transforme un déjeuner en souvenir (~CAD 16–29 par personne).
le récit
La seiche de Setúbal, tranchée, légèrement farinée et frite — chair épaisse qui résiste sous les dents, croûte mince qui ne masque rien. À midi, devant Casa Santiago, les tickets numérotés s'arrachent : on attend dehors avec les frites maison en tête. Le repas se termine sur un baba de camelo aux amandes — douceur crémeuse, étrange, qui prend tout le monde par surprise.
Sources : Inês — O diário da Inês (blog local)
- Ginjinha
Liqueur de griotte macérée dans l'aguardente — rouge profond, douce-amère, servie froide dans un petit verre avec ou sans la cerise au fond (il faut choisir au comptoir). Le bar A Ginjinha, sur Largo de São Domingos, existe depuis 1840. Un seul comptoir, un seul produit. Lisbonne entière passe par là. Digestif après le déjeuner ou apéro du soir, une ginjinha coûte moins cher qu'un café dans les hôtels (~CAD 2–4 le verre).
le récit
Largo de São Domingos depuis 1840 — un comptoir, un seul produit, une décision à prendre : avec la cerise au fond (com ela) ou sans (sem ela). Espinheira, Galicien installé à Lisbonne, a inventé cette liqueur de griotte à l'aguardente et ouvert ce bar qui n'a pas changé de format depuis. On boit dehors, debout sur le trottoir, avec toute la ville qui passe. Digestif après le déjeuner ou apéro du soir — deux euros cinquante (~CAD 4) le verre.
Sources : Comércio com História — A Ginjinha Espinheira (fiche officielle gouvernementale portugaise)
- Moscatel de Setúbal
Vin doux fortifié produit sur la péninsule de Setúbal. Couleur ambre, à boire frais en fin de repas. La maison José Maria da Fonseca à Azeitão (à 10 min de Setúbal) fait des visites de cave avec dégustation — des stocks en barrique depuis les années 1800 (~CAD 6–12 le verre).
le récit
À Azeitão, les caves Fonseca gardent des Moscatel en barrique depuis les années 1800. On descend, on goûte cent ans dans le verre — caramel, noix, orange confite — et on remonte avec une bouteille qui pèse.
Sources : Salt of Portugal — blog vin Portugal · Cellar Tours editorial — vins Portugal
- Pastel de nata — Pastéis de Belém
Crème aux œufs caramélisée dans une coque feuilletée. La recette originale des moines hiéronymites de Belém, datant de 1837, reste secrète et réservée à une seule fabrique sur cette planète : Pastéis de Belém. Saupoudrer de cannelle et de sucre glace. Manger chaud, debout au comptoir ou sur la terrasse. Ne pas comparer avec les autres (il n'y a pas d'autres) (~CAD 2–3 le pastel).
le récit
La recette date de 1837, inventée par les moines hiéronymites de Belém qui utilisaient les blancs d'œufs pour amidonner leurs habits. Les jaunes, eux, sont devenus la crème secrète que six maîtres-pâtissiers se transmettent derrière des portes fermées. On arrive à la Fábrica, on passe par la fenêtre de cuisson où les plateaux s'enchaînent, on mange chaud avec la cannelle et le sucre glace côté. La croûte craque. On regrette d'en avoir pris qu'une.
Sources : Sanne (Mitzie Mee) — travel food blog · Rita Costa — Living Tours blog culinaire Portugal
- Percebes
Balanes (berniques de roche) cuites à l'eau de mer et servies chaudes, à la pince. La chair est iodée, gélatineuse, avec un goût de mer franche et de fond de baie rocheuse. Chez Ramiro, on en commande un plateau en arrivant pendant qu'on décide du reste. C'est le rituel d'arrivée à Lisbonne : percebes + bière froide, lumière néon, bruit de deux étages en plein service (~CAD 40–65 par personne tout compris).
le récit
Elles poussent là où l'Atlantique frappe le plus fort — falaises exposées, vagues permanentes, roches couvertes d'embruns. Le percebeiro descend en combinaison, attaché par une corde, et les arrache à la main à marée basse. Chez Ramiro, elles arrivent cuites à l'eau de mer, chaudes, qu'on casse avec les doigts. La chair est caoutchouteuse, iodée, comme une gorgée de mer franche — et ça coûte cher parce que quelqu'un a pris un risque réel pour les mettre dans votre assiette.
Sources : Mark Wiens — Migrationology · Secret Places editorial — percebes Portugal
Pépites de Lisbonne
- Cantinho do Aziz — Mozambique à Mouraria
Une salle de 20 couverts, des murs couverts de photos de Maputo, et la cuisine de la famille Aziz — mozambicaine, portugaise et swahili à la fois. Caril de camarão avec riz coconut, matapa (feuilles de manioc au coco), roti maison. Le fils de la fondatrice tient la salle, l'émotion est réelle. Ouvert depuis 1990, mentionné dans les mêmes phrases que les meilleures tables de la ville. On réserve.
le récit
Rua de São Lourenço, Mouraria — depuis les années 1980, la famille Aziz cuisine mozambicain-indien dans une salle de vingt couverts tapissée de photos de Maputo. Les chamussa (samosas aux épices maison), le poulet piri piri à la sauce maison, les sauces à la noix de coco qui font oublier l'huile d'olive. Le service prend son temps parce que la maison n'a jamais cherché le turnover — on reste, on parle, on commande encore. La plus vieille table africaine de Lisbonne, encore tenue par la même famille.
Sources : Kenny Dunn — Eating Europe
- Feira da Ladra — le marché aux puces de Campo de Santa Clara
Mardi et samedi matin, le Campo de Santa Clara se couvre d'étals qui vendent des antiquités, des vêtements vintage, des briquets de l'armée. C'est autant un marché qu'un inventaire de toutes les maisons qui ont été vidées depuis un siècle. Arriver à 8h30, avant la chaleur et les prix qui montent.
le récit
Le nom dit tout : la Feira da Ladra, le marché des voleurs, existe depuis le XIIe siècle et le titre n'a rien perdu de son lustre. On arrive tôt — antiquités, objets militaires, vêtements vintage — avant que les bonnes pièces trouvent preneurs. Le Panthéon national est juste derrière ; les gradins sont gratuits.
- Jardim do Príncipe Real — sous le ficus bicentenaire
Au centre du jardin du Príncipe Real, un ficus macrophylla d'environ 140 ans a étendu ses racines aériennes. Sous la canopée, des vieux jouent aux cartes sur des tables fixes. Le samedi matin, le marché bio s'installe sur le pourtour : fromages de chèvre de l'Alentejo, miel de bruyère, pains de seigle. C'est une des places de Lisbonne où les habitants vont s'asseoir sans raison, ce qui est la meilleure raison.
le récit
Le samedi matin, de 8h à 14h, le marché bio s'installe tout autour du jardin. Des chiens font leur tournée des kiosques, des vieux jouent aux cartes sous l'ombre du cèdre centenaire. C'est un des endroits de Lisbonne où on s'assoit sans raison — et c'est la meilleure raison.
Sources : Visit Lisboa — Príncipe Real Organic Produce Fair · Junta de Freguesia da Misericórdia — Feiras e Mercados (source officielle paroisse)
- Mouraria à l'aube
Le quartier maure de Lisbonne — le plus vieux, le plus métissé — se révèle entre 6h et 8h du matin. Les commerçants arabes qui ouvrent leurs épiceries, les vieilles femmes qui descendent les escaliers vers le Largo do Intendente, les chats qui font leur tournée des poubelles. À cette heure, pas de touristes, pas de fado en vitrine. Juste le quartier qui se réveille dans son propre ordre. Largo de São Domingos puis ruelle Remédios.
- Miradouro da Senhora do Monte — la vue que les locaux gardent
Sur la plus haute colline de Lisbonne, dans le quartier de Graça — une terrasse herbue avec quelques bancs, une chapelle du XVIIIe siècle et une vue panoramique sur la ville et le Tage. Moins fréquenté que Portas do Sol ou Santa Luzia parce qu'il faut monter à pied depuis le tramway. En mai, le coucher de soleil ici se fait dans un silence relatif, face aux toits rouges qui descendent vers le fleuve.
le récit
Dans le quartier de Graça, sur la plus haute colline de Lisbonne, il faut monter à pied depuis le tram 28 — ce détail suffit à décourager les groupes. En haut, la chapelle Nossa Senhora do Monte et un large panorama sur la ville. Le genre de vue que les locaux gardent pour eux.
Sources : lisbonportugaltourism.com — guide miradouros · Visit Lisboa — Turismo de Lisboa (fiche officielle)
- Sesimbra — le port de pêche à l'aurore
À 40 km de Lisbonne (50 min en bus), Sesimbra est la ville côtière que les Lisboètes gardent pour eux. Le port de pêche artisanale en activité, les bateaux qui rentrent entre 6h et 9h, les pêcheurs qui vendent directement sur le quai avant que les restos viennent chercher leur commande. L'eau de la baie, protégée par le Cap Espichel, est d'une clarté rare pour la région. On y va en semaine, pas le week-end.
le récit
À 40 km de Lisbonne, la baie de Sesimbra est protégée par les collines de l'Arrábida — elles bloquent la houle atlantique et gardent l'eau calme et plus chaude que Cascais. Le matin, les bateaux de pêche rentrent au port et les restos viennent chercher leur commande directement sur le quai. On y va en semaine, pas le week-end. On déjeune de poisson grillé en bord de mer, on se baigne dans une eau d'une clarté rare pour la région, on rentre.
Sources : Philip Giddings — sintracascaissesimbra.com, guide indépendant